Medium#5


La culture, ESSENTIELLE pour former les plus jeunes

Pour qui la culture est-elle encore vraiment essentielle, après le choc de la fermeture des lieux d’art et de culture pendant plusieurs mois ? Un ange passe dans un silence assourdissant... Heureusement, grâce aux ateliers participatifs encadrés par des artistes des Dominicains, 700 lycéens et collégiens de la région ont fait l’expérience de l’inattendu et du merveilleux, de janvier à avril, ce malgré les portes closes des lieux publics.

Temps de lecture : 4 mn

« Comment les jeunes, qui arrivent à l’âge où la critique s’éveille et la personnalité se construit, vont-ils pouvoir résister à l’enfermement culturel qui leur imposé et nourrir leur esprit créatif?, s'alarme Philippe Dolfus, directeur des Dominicains de Haute-Alsace. Il est important de les éclairer et de favoriser des workshops avec nos artistes en résidence. » Ce que le centre culturel de Guebwiller fait depuis de nombreuses années avec des établissements scolaires des environs. «Les lieux culturels ne sont pas réservés à des élites. Y entrer doit faire partie de la vie des jeunes. On veut leur montrer que les Dominicains sont un espace où l'on se sent chez soi, où l'on va comme l'on irait au parc ou au cinéma », avance Philippe Weiss.

Plus tolérants grâce à la culture

Principal du collège Mathias Grünewald, à Guebwiller, Philippe Weiss se félicite d'accueillir depuis quatre ans des artistes des Dominicains au sein de son établissement, « nés d'une volonté réciproque » et destinés à tous les élèves de l'établissement. « Ce qui m'intéresse, c'est que les jeunes comprennent que la culture ouvre l'esprit, qu'elle fait partie de la vie d'un citoyen éclairé, que grâce à elle, ils seront plus tolérants et moins centrés sur eux-mêmes. » Son confrère Lino Carpineta, proviseur du lycée Kastler à Guebwiller, ajoute que les lycéens adhèrent aux partenariats, sportifs ou culturels, « exigeants », aussi bien pour valoriser leur diplôme dans un parcours post-bac que « pour se faire plaisir ».

Édith Piaf et la grimace

Cette démarche passe, parfois, par de l'inconfort. Comme lorsque les élèves doivent écouter lors d'une sensibilisation au son une chanson d’Édith Piaf. « Ils grimacent, ce n'est pas leur style de musique », s'amuse Romain Muller. Régisseur son, membre du groupe Runny Noise et artiste en résidence aux Dominicains, il anime de tels ateliers depuis deux ans. « Mais on creuse, on cherche ce qui va provoquer l'émotion, et au bout de quelques minutes, ils trouvent des tas de choses. Et quand on leur fait écouter des morceaux qu'ils ont l'habitude d'entendre, ils y découvrent plein d'autres aspects insoupçonnés. »

Lunettes pour la vie

Émouvant témoin, selon lui, de l'intérêt des jeunes : un récent atelier de prise de son avec Runny Noise et un vidéaste au lycée Kastler, à Guebwiller, lequel a failli être annulé faute de participants, à cause de la neige qui avait empêché les bus de transporter les jeunes jusqu'au lycée. « Tout s'est organisé à la dernière minute, avec les quelques élèves présents au lycée et d'autres qui ont voulu absolument participer depuis chez eux. On avait donc en même temps le son des couloirs du lycée et celui de salons privés, et même parfois des animaux de compagnie ! »

Romain Muller s'avoue transporté quand il sent entre lui et les participants « une vraie résonance ». « Dès qu'on leur met un casque sur les oreilles, on a l'impression qu'on leur a donné des lunettes pour voir la vie autrement. »

Anne Vouaux

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Témoignages d’élèves du lycée Kastler à Guebwiller à l’issue de leurs ateliers participatifs.

« Voir que l'on peut faire de la bonne musique avec des sons du quotidien m'impressionnera toujours. Je me demande si on peut créer une chorégraphie sur ce genre de musique. Ce serait un super challenge que je pourrais me donner. » Mary-Alicia

« Entendre différemment les bruits auxquels habituellement nous ne faisons pas attention. Cela peut nous permettre de changer notre manière de regarder et d'écouter le monde autour de nous. »
Pauline 

« C'est un peu comme si on était un chat. Un frottement de veste fait un bruit insupportable quand on est sur la fréquence 10. »
Gaëllane

« Les bruits de nos pas dans l'herbe : c'est un bruit très particulier auquel on ne prête pas attention en temps normal. »
Emma

« Cela m'amuse beaucoup de créer des mélodies avec ce qui m'entoure. »
Karim

« En rentrant chez moi, j'écoutais chaque son plus en détail. »
Julie