Hyphosphere

Œuvre géodésique

Allo la Terre ? Les champignons vous parlent. Cette œuvre immersive fait prendre conscience des systèmes de communication souterraine que les plantes ont développés. Accompagnée par le Centre AudioVisuel, l'artiste Jem the Misfit place le visiteur au cœur de ces échanges de messages qui nous échappent et qui visent à rendre la planète viable et pérenne. Peut-on en dire autant de la communication humaine?

L'artiste multimédia australienne Jemma Woolmore signe la quatrième œuvre conçue pour le dôme des Dominicains, Hyphosphere. Installée sur le nouvel espace Kraftwerk, cette création immersive plonge le public dans un monde à 360°, inspiré par le développement des champignons et leur interconnexion avec l'écosystème forestier. Hors de toute échelle, ce voyage visuel, sonore et sensoriel part d'un monde souterrain pour se hausser vers la lumière puis revenir lentement à son point de départ. Cette œuvre a été réalisée en collaboration avec Claire Willemann et Jérôme Tromson (vidéo) et Vladislav Isaev (sound design).

Hyphosphere est une collaboration Cette œuvre est une collaboration entre Jemma Woolmore, qui a élaboré le projet et en assure la direction artistique, et deux créateurs visuels aux Dominicains de Haute-Alsace, Claire Willemann et Jérôme Tromson, qui signent la vidéo. La musique est mise en espace par le sound designer Vladislav Isaev, qui, grâce à ses choix esthétiques, en fait une œuvre totalement immersive. Claire Willemann, qui travaille régulièrement pour les Dominicains à la création et à la régie visuelles lors de concerts, à l'infographie et au multimédia, signe des scènes 3D afin de mettre en images les idées de Jemma Woolmore sur les cycles de la nature. Elle avait déjà travaillé pour le DOVNI sur le projet Les Alsaciens de 1918 à 1925. Titulaire d'une licence pro Techniques et activité de l'image et du son, Jérôme Tromson est vidéaste au Centre AudioVisuel des Dominicains, chargé notamment des mappings et des captations. Parti de planches d'idées, il a modélisé des éléments graphiques inspirés par le concept de Jemma Woolmore pour en faire un univers de champignons hallucinogènes à 360°.

Pour aller +loin
“Inspiré par le cycle de vie des champignons, le projet Hyphosphere explore les cycles de la nature et l'interconnexion des écosystèmes. De la première libération de spores miniatures à travers le vaste réseau souterrain de mycélium et jusqu'à l'épanouissement des formes de champignons à la surface de la terre, Hyphosphere révèle des systèmes et des processus naturels à une micro-échelle, souvent invisibles à l'œil nu. Grâce à cette expérience audiovisuelle, le public traverse l'air, la terre et la lumière. Tout au long des étapes, il suit les différentes formes et structures nées pendant le cycle des champignons, se reproduisant dans le vent, se développant sous terre ou en hauteur à la lumière du soleil pour finalement revenir au point de départ après un cycle complet. Les champignons et leur mycélium occupent une place fondamentale dans les écosystèmes forestiers. Des études montrent qu'un réseau de mycélium peut transporter des informations à travers ses vastes structures souterraines vers d'autres plantes de la forêt, se connectant et communiquant avec l'écosystème forestier. Le nom de cette œuvre - Hyphosphere - est celui de la zone de croissance d'un réseau de mycélium. Les mycéliums sont constituées de nombreux hypha ou hyphes individuels, se ramifiant et se connectant pour former les réseaux complexes du mycélium. Le nom de l'œuvre est la conjonction entre le terme « Hypho » et celui de « sphère », renvoyant à la demi-sphère du dôme DOVNI, pour amener le public vers une nouvelle sphère d'expérience : la région du mycélium.

En plus de concerner les systèmes circulaires de la nature, l'aspect cyclique de la pièce est également connecté à la forme zen Ensō, une forme de calligraphie japonaise, à savoir un cercle dessiné par un coup de pinceau complet. Ensō symbolise l'illumination, la force, l'élégance et l'univers. J'ai aimé cette idée d'un cycle ou d'un cercle complet en relation avec l'interconnexion et les processus naturels: l’œuvre emporte le public dans un voyage qui, finalement, le ramène là où il a commencé.”

“La musique s'inspire des processus cycliques naturels et de l'imagerie organique de la vidéo. De nombreux éléments sonores naturels ont été utilisés, notamment des échantillons de souffle, de vent, de gouttes d'eau, de tambours en bois et d'instruments en matériaux organiques. Le son se développe à travers les trois sections principales de la composition : l'air, le vent et la respiration, suivis d'une descente dans la terre qui se délite, granuleuse, crépitante, puis d'une mélodie pour remonter vers l'écosystème des champignons.
Pour concevoir la musique, je me suis aussi inspirée du thème général du Zen. J'ai été marquée par les visites de temples bouddhistes lors d'un voyage en Thaïlande, avec leurs cloches, leurs carillons et leurs gongs. J'ai incorporé certains de ces sons dans l’œuvre musicale, les utilisant souvent pour indiquer un changement ou un mouvement vers une nouvelle étape dans le monde visuel. Le tempo de la pièce a également été considéré par rapport au thème Zen. J'ai essayé de trouver un tempo méditatif avec l’utilisation d’un tempo à 60 pulsations/minute : c’est l'un des plus relaxants à écouter.
J'ai élaboré la musique en créant des couches de sons et d'effets échantillonnés en mêlant les bruits de la nature à des sons synthétiques. Le son est conçu pour emmener le public dans un voyage, commençant par un mystérieux souffle de vent et augmentant lentement en intensité vers une fin joyeuse.

” Sans restriction d'échelle “

Nous voulons créer un sentiment d'émerveillement et de joie avec cette œuvre. Le public sera emmené dans un voyage à travers différents paysages basés sur des environnements microscopiques liés aux champignons. Grâce à ces mondes inhabituels et visuellement riches, le public devrait avoir l'impression d'être transporté hors du dôme physique, dans un nouvel espace fantastique. Avec la thématique globale de la nature et du cycle de vie des champignons, nous espérons également apporter une nouvelle prise de conscience et une appréciation de la nature et du rôle complexe et vital que chaque organisme joue dans l'écosystème dans lequel il vit.”

“Avec Hyphosphere, le public fait un voyage à travers un monde qu'il ne pourrait normalement pas vivre. Il pénètre dans un espace qui peut être très grand ou microscopique, l'échelle est flexible et différente de celle du monde réel. Sans restriction d'échelle, nous sommes capables de suivre de minuscules particules tourbillonnant dans le vent, de descendre sous terre jusqu'à un réseau croissant d'hyphes qui se dilate et enveloppe le public, puis de remonter à travers ce réseau vers une lumière rougeoyante dans un monde coloré de champignons luxuriants. Les mouvements et les formes de la vidéo sont conçus pour attirer le public dans ce nouveau monde et la pièce sonore est entièrement synchronisée avec l'imagerie.”

“Mon travail porte de plus en plus sur des environnements immersifs à grande échelle : travailler avec l'audio, la lumière et l'imagerie pour créer des expériences complètes qui transportent le public hors de sa vie quotidienne. Récemment, j'ai été mandatée par le centre culturel Silent Green pour créer une œuvre géodésique dans le cadre du festival Future Soundscapes 2019 à Berlin. L’œuvre qui en a résulté, Of fragile things, a été ma première expérience de travail pour un dôme complet et grâce à ce projet, j'ai appris de nombreuses techniques pour travailler sur ce médium. Le dôme de Silent Green est en fait une coupole et fait donc partie de l'architecture d'un bâtiment, un espace géodésique incroyable.
Outre ce projet, plusieurs autres de mes œuvres créées à Berlin explorent certains aspects de l'expérience audiovisuelle immersive. Ma pièce Thresholds, créée pour l'ISM Hexadome en collaboration avec la compositrice américaine Lara Sarkissian, a été présentée au Martin Gropius Bau en 2018 et depuis lors, elle est en tournée nord-américaine au Grey Area Festival à San Francisco, au Musée d'art contemporain de Montréal, dans le cadre du festival Mutek, et au MASS MoCA - musée d’art contemporain du Massachusett.”
Jemma Woolmore