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Les Dominicains de Haute-Alsace
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Introduction | Saint-Dominique | 1294 | 1461 | 1525 à 1648 | 1791 | de 1791 à 1960 | 1960 et 1992
Saint Dominique

« Dominique signifie « gardien du Seigneur » ou bien « gardé par le Seigneur » et ce en trois manières : - il fut gardien de l'honneur du Seigneur - et ceci regarde Dieu -, il fut le gardien de la vigne, ou du peuple du Seigneur - et cela regarde le prochain -, et il fut le gardien de la volonté du Seigneur, ou des préceptes du Seigneur - ce qui le regarde lui-même ; - il est appelé Dominique, c'est-à-dire « gardé par le Seigneur », car le Seigneur le garda dans les trois états où il vécut : d'abord laïc, puis chanoine régulier et enfin homme apostolique. Dans le premier état, il fut gardé de Dieu qui le fit commencer de manière à mériter des louanges ; dans le second, il le fit avancer dans la ferveur, et dans le troisième, il le fit atteindre la perfection. - Dominique vient de « Dominus », selon l'étymologie naturelle. Or, « Dominus » signifie celui qui donne des menaces, ou qui donne moins, on qui donne avec munificence. De même saint Dominique donna, c'est-à-dire, pardonna les menaces en ne tenant pas compte des injures qu'on lui adressait ; il donna moins, en se macérant le corps, parce qu'il donna toujours à son corps moins que le nécessaire. Il donna avec munificence, en engageant sa liberté, car non seulement il donna tous ses biens aux pauvres, mais encore il voulut se vendre lui-même plusieurs fois. »

Dominique, chef et fondateur illustre de l'ordre des frères prêcheurs, naquit en Espagne, dans la ville de Calaruega, du diocèse d'Osma vers 1170. Avant sa naissance, sa mère aurait vu en songe qu'elle portait dans son sein un petit chien tenant dans sa gueule une torche allumée avec laquelle il embrasait tout l'univers. Quand elle l'eut mis au monde, une dame qui l'avait levé des fonts baptismaux crut voir sur le front du petit Dominique une étoile très brillante éclairant toute la terre. Tout petit enfant et confié aux soins d'une nourrice, on l’aurait souvent surpris quittant son lit et se coucher sur la terre nue. Il fut envoyé à Palerme pour faire ses études. Une famine affreuse ravageant le pays, il vendit ses livres ainsi que ses meubles et en donna l'argent aux pauvres. Sa renommée était déjà grande quand l'évêque d'Osma le fit chanoine régulier dans son église. Il lisait avec le plus grand zèle les conférences des Pères, et atteignit par là un savoir d'une haute perfection. Il partit à Toulouse avec son évêque. Son hôte, hérétique, c’est-à-dire déviant de la doctrine catholique, se convertit par ses soins à cette dernière. Il resta à Toulouse pour annoncer la parole de Dieu avec constance contre les hérétiques. Ces derniers l'insultaient et menacèrent même de le tuer. Il commença alors à songer à l'institution de son ordre dont la mission devrait être de parcourir le monde en prêchant et de protéger la foi catholique contre les attaques de l'hérésie. Après être resté dans la province de Toulouse pendant dix ans, il alla à Rome avec l'évêque de Toulouse, Foulques, pour demander au souverain pontife Innocent III la confirmation de l'ordre qui serait appelé « les Prêcheurs ». Le pape se montra d’abord réticent. Mais une nuit, il vit en songe l'église de Latran menacée d'une ruine soudaine. Comme il regardait cela avec effroi, Dominique se présenta de l'autre côté, soutenant avec les épaules tout cet édifice chancelant. A son réveil, le pontife comprit le sens de la vision et accueillit avec joie la demande du futur saint puis l'exhorta, quand il serait de retour auprès de ses frères, à choisir une des règles déjà approuvées. Après cela, il devenait revenir le trouver pour obtenir la confirmation de l’ordre. Dominique s'exécuta. Les frères étaient environ seize. Ils choisirent à l'unanimité la règle de saint Augustin, docteur et prédicateur éminent, puisque eux-mêmes devaient être des prédicateurs d'effet et de nom. Ils y ajoutèrent quelques pratiques de vie plus sévères qu'ils résolurent d'observer sous forme de constitution. Sur ces entrefaites Innocent III mourut et Honorius, son successeur, confirma l'ordre en 1216. Tandis que saint Dominique priait pour que son ordre se répande, saints Pierre et Paul lui apparurent. Ils disaient : « Va prêcher, parce que tu as été choisi de Dieu pour remplir ce ministère. ». Et il lui sembla voir ses fils dispersés par tout l'univers, et marchant deux à deux. C'est pour cela qu'à son retour à Toulouse, il envoya ses frères en Espagne et d'autres à Paris et à Bologne. Quant à lui, il revint à Rome.

Certaines villes où allaient les dominicains étaient des centres universitaires réputés. Les frères prêcheurs allaient se consacrer aux études pour mieux comprendre et combattre les hérésies. Leur ferveur et l'austérité de leur genre de vie impressionnèrent les milieux intellectuels au sein desquels ils firent de nombreuses recrues. Avec l'appui du pape l'ordre acquit une dimension universelle. Dominique, qui était à Bologne, commença à tomber en langueur et en grande faiblesse. La dissolution de son corps lui fut montrée dans une vision. Il fit venir douze des frères du couvent de Bologne. Pour ne pas les laisser déshérités et orphelins, il fit son testament en ces mots : « Voici ce que je vous laisse comme à mes enfants, afin que vous le possédiez à titre héréditaire. Ayez la charité, gardez l'humilité, et possédez la pauvreté volontaire. » Mais ce qu'il défendit le plus expressément qu'il put, c'est que personne ne fit jamais entrer dans son ordre des biens temporels, menaçant de malédiction celui qui ne respecterait pas son ordre. Il mourut en 1221. A cette date, l’« Ordo fratrum praedicatorum » (ordre des frères prêcheurs) comptait quelques centaines de frères, vingt couvents et cinq provinces. Des communautés de femmes ne tardèrent pas à s'y associer dont celle de sainte Agnès à Bologne. La Teutonie favorisa l'implantation des couvents des frères. En 1301 on y comptait pas moins de 47 couvents En Alsace, région dépendant de la Teutonie, le premier couvent fut fondé à Strasbourg dès 1224, puis suivirent Haguenau (1273), Sélestat (1274), Colmar (1278), Wissembourg (1288) et Guebwiller (1294). Deux grands couvents furent aussi créés à Bâle (1233) et Fribourg (1233-35). En quelques décennies tout le Rhin Supérieur était quadrillé par le nouvel ordre mendiant.

Les Dominicains de Guebwiller

Au début des années 1720, Frère Séraphin Dietler, ancien prieur du couvent de Guebwiller, a rédigé une chronique dont le manuscrit est actuellement conservé à la Bibliothèque Municipale de Colmar. Elle reprend des événements relatifs à Guebwiller et alentours depuis 1124. Le religieux a pris à son compte des textes plus anciens en y ajoutant son propre témoignage pour les années dont il se souvenait. C'est une œuvre importante, écrite en allemand. La Société d'Histoire et du Musée du Florival décida de la traduire. Elle la publia ainsi en 1994. De par ce travail, la Société d'Histoire et du Musée du Florival, très engagée dans son patrimoine, permet au plus grand nombre d'accéder à un précieux témoignage portant sur huit siècles d'histoire.

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