Rencontres


Avant-propos - Mathieu Schneider

De Beethoven à Saint-Saëns, le trip romantique

Mathieu Schneider, maître de conférences en musicologie à l'Université de Strasbourg, nous donne les clés de ce "Trip Romantique".

Entrée libre sur réservation.

Le XIXe siècle a fait de Beethoven le père du romantisme. Sa surdité qui l’a isolé dans un monde intérieur, sa quête désespérée de l’ « Immortelle Bien-Aimée », sa relation passionnée à la nature, son engagement politique aux côtés des idées révolutionnaires, et son affranchissement assumé des princes en ont fait un modèle pour tous ceux qui souhaitaient tourner la page de la musique classique, celle des cours de l’Ancien Régime, celle d’un art qui cherchait la rhétorique – l’art du « beau discours » – plutôt que l’authenticité des sentiments. La Septième symphonie, composée entre 1811 et 1812 à Vienne, en plein milieu des campagnes napoléoniennes qui avaient plongé l’Europe dans un chaos total, traduit ce bouillonnement romantique. Wagner, d’ailleurs, la qualifiait d’ « apothéose de la danse ». Et de fait, elle est la plus rythmique des neuf symphonies de Beethoven, tantôt jubilatoire comme dans les mouvements extrêmes, tantôt lancinante comme dans la marche funèbre de l’ « Allegretto ». À ce titre, elle incarne la quintessence du romantisme comme expression d’un ressenti authentique, celui d’un homme qui ne parle pas que pour lui, mais à travers lui pour toute l’humanité.
 

Le Concerto pour violoncelle n° 1 en la mineur de Camille Saint-Saëns, composé en 1872 et créé le 19 janvier 1873 par la Société des concerts du Conservatoire à Paris, n’a certainement pas la même force poignante que la symphonie de Beethoven, mais il rompt lui aussi avec la rhétorique classique en empruntant aux romantiques allemands (Schumann et Liszt notamment) de nouveaux moyens musicaux, plus symphoniques, plus expressifs. L’enchaînement « attacca » des trois mouvements, le choix de la tonalité, qui rappelle le concerto de Schumann, et le retour cyclique du thème du premier mouvement dans le troisième sont autant de marques de cette influence allemande sur la musique française, à un moment où, pourtant, le climat politique était plutôt tendu entre ces deux nations, fraîchement séparées par la guerre de 1870.

Enfin, la Lustspiel-Ouvertüre de Ferruccio Busoni, composée en 1897 et révisée en 1904, achève ce « trip » romantique, au sens propre du terme anglais de « voyage », en faisant entendre la musique d’un compositeur, italien d’origine, qui a circulé un peu partout en Europe et aux États-Unis avant de s’installer à Berlin. Il traduisait ainsi, dans les faits, l’expansion du romantisme qui, en cette fin de siècle, d’un courant allemand ou franco-allemand, était véritablement devenu un genre européen.